« Voici venu le moment de te positionner au premier plan de ta vie »
Un témoignage sur la périménopause, le deuil et la reconstruction
Pour ce nouveau témoignage de notre série, j'ai eu le privilège de m'entretenir avec Julia*, 63 ans, qui a accepté de partager un parcours à la fois bouleversant et lumineux; un parcours où la ménopause s'est entremêlée à d'autres grandes épreuves de la vie.
À quel moment avez-vous commencé à remarquer des changements liés à cette nouvelle étape de vie et/ou aux changements hormonaux ?
Dans mon cas, tout est confus et difficile à analyser, parce que cette période a été marquée avant tout par la perte de mon fils. Il est décédé à quatre ans, d'une maladie dégénérative qui a progressivement emporté sa vie sur environ un an. J'avais 40 ans.
Durant cette année-là, mon corps a été bien malmené, mais mon corps de maman, encore plus, encore plus profondément. L'allaitement de mon fils s'était terminé un an auparavant, mais bien qu'il ne soit plus en mesure de téter, j'ai dû composer avec le retour de la lactation quelques mois avant sa mort. Un réflexe sauvage, magnifiquement tragique, de mon pauvre corps qui tentait de le sauver, j'imagine. J'en suis encore émue.
Mes règles sont devenues très aléatoires durant cette période aussi, et bien des aspects de ma vie ont été transformés pour toujours. J'en garde encore des stigmates, notamment dans ma résistance au stress.
Je ne saurai jamais comment la périménopause se serait déroulée chez moi si je n'avais pas vécu ce grand chagrin qui m'a brisée de partout. Les « pertes » qui viennent naturellement avec l'âge s'y sont ajoutées, et je ne peux plus distinguer ce qui appartient à cette étape de vie et ce qui appartient à la ménopause elle-même.
Cela dit, j'ai retrouvé un cycle normal quelques années plus tard, jusqu'à une hystérectomie à 59 ans. Mes règles étaient encore très régulières à ce moment-là, mais j'avais des fibromes et un prolapsus utérin important. L'opération n'a pas impliqué le retrait de mes ovaires, mais j'ai tout de même commencé à ressentir, à partir de là, plusieurs symptômes qu'on associe à la ménopause.
Qu'est-ce qui vous a le plus marquée ?
Peut-être l'impression de disparaître de la force vive de la société, vers 50 ans. C'est un constat dont j'entends beaucoup de femmes parler aujourd'hui, mais je n'en avais jamais pris conscience auparavant. J'ai été sonnée de me retrouver soudain à chercher ma place. Plus d'enfants à la maison, moins de place au travail, souvent un peu larguée face aux courants culturels : j'avais l'impression de ne plus faire partie aussi activement de mon environnement, comme si je me retrouvais tout à coup sur une voie de service.
Je sais, ça sonne cliché car on l'entend tellement souvent. Mais quand ça m'est arrivé à moi, ça m'a fait un choc.
Quels ont été les plus grands défis de cette période, physiquement, émotionnellement, mentalement ou socialement ?
Dans la cinquantaine, j'ai trouvé difficile de me sentir aussi déstabilisée. Ma confiance en moi a vacillé, et j'ai dû tout réajuster : prendre le temps de réfléchir, d'écrire, de revoir mes priorités. J'ai quitté des emplois trop exigeants en temps pour des engagements à la pige qui m'ont permis de retrouver mon équilibre. J'ai recommencé à marcher, beaucoup, à aller au yoga et au gym.
Physiquement, après l'hystérectomie à 59 ans, ce sont les chaleurs qui ont été le plus difficile à gérer. Des tonnes de chaleurs, incontrôlables et débilitantes, qui partaient de la poitrine et me donnaient l'impression d'avoir des malaises cardiaques. Des dizaines chaque jour, chaque nuit, pendant quelques années. J'ai fini par lâcher prise et commencer les hormones (Estrogel), et je me sens beaucoup mieux depuis.
J'ai réalisé que je vivais dans une sorte de brouillard mental, avec des montagnes russes émotives. J'ai aussi eu des douleurs articulaires et de la sécheresse vaginale et c'est seulement après avoir commencé les hormones que j'ai pu confirmer que tout cela était lié. Je le sentais, bien sûr, mais j'ai été instantanément mieux dans presque toutes ces sphères (sauf les douleurs articulaires, qui persistent). Je prends de l'œstrogène bioidentique depuis quatre ans maintenant.
Je dois souligner que j'habite dans un endroit très calme, loin de la ville et que je mène une vie saine et équilibrée. Toutes les solutions habituellement envisagées pour contrer les effets désagréables de la ménopause étaient déjà en place dans ma vie : diminution du stress, alimentation saine, exercice physique, relations sociales nourrissantes, contact quotidien avec la nature. J'ai aussi fait une démarche de soutien en acupuncture et en ostéopathie. J'ai finalement opté pour les hormones en dernier recours et j'en suis vraiment mieux, de façon continue.
Y a-t-il des aspects de la périménopause ou de la ménopause qui vous ont surprise, ou pour lesquels vous ne vous sentiez pas préparée ?
L'intensité des malaises entourant les chaleurs. Ouf.
Et le reflet dans le miroir, qui me renvoie l'image d'une madame que je ne reconnais pas.
Comment cette transition a-t-elle influencé la façon dont vous vous percevez, votre santé, vos relations ou vos priorités ?
Encore ici, j'ai du mal à répondre en ne parlant que de la ménopause, parce que la vie est venue me solliciter ailleurs aussi. J'ai des problèmes de mobilité depuis 2021, et mes ennuis de santé ont pris le premier plan : entorses, fractures, tendinites, arthrose. La quête du mieux-être est au cœur de mes jours, et cette situation m'affecte beaucoup.
Malheureusement, je ne suis plus tout à fait maître de mes priorités depuis un certain temps, car ma mère éprouve des pertes cognitives et une perte d'autonomie. Elle a besoin de beaucoup de soutien.
C'est une autre étape de la vie qui vient se juxtaposer à la ménopause des femmes : plus d'enfants au nid, mais des parents et des amis vieillissants qui ont des besoins accrus de soutien.
Qu'est-ce qui vous a le plus aidée ou soutenue pendant cette période ?
La patience et les attentions aimantes de mon homme chéri. La nature. L'acupuncture et les hormones. Et tous les autres éléments épanouissants et réconfortants de mon milieu de vie.
Avec le recul, quel conseil, quelle sagesse ou quel message aimeriez-vous transmettre aux femmes qui entrent dans cette étape de vie ?
Voici venu le moment de te positionner au premier plan de ta vie.
Thoreau a dit : « Si je ne suis pas moi, qui le sera ? »
Si tu n'es pas au rendez-vous pour vivre ta vie, qui le fera à ta place ?
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager à propos de votre expérience ?
Je trouve que cette période de vie, qui implique d'observer le lent déclin de notre vitalité et de notre jeunesse, implique aussi de voir son entourage commencer à aller moins bien. Nous ne sommes pas activement impliquées dans un réseau incluant beaucoup de jeunes, nous n'avons pas de petits-enfants, et nos amis commencent tous à aller moins bien. Même nos activités sociales et bénévoles se déroulent dans des cercles du même âge. C'est un peu déprimant, par moments. Il faudrait qu'on réfléchisse à la manière de côtoyer plus de personnes plus jeunes que nous, pour équilibrer tout cela.
Un immense merci à Julia d'avoir accepté de partager ce bout de son histoire avec autant de franchise et de générosité, ainsi que pour le partage de ses magnifiques photos! Son témoignage nous rappelle à quel point la ménopause ne se vit jamais en vase clos; elle se superpose au deuil, à la maladie, au vieillissement de nos proches, à la redéfinition constante de notre place dans le monde.
Envie de savoir comment je peux te soutenir à travers la périménopause et les transitions du midlife, hormonales ou non? Réserve un appel découverte ou visite mon site web pour en savoir plus.
*Nom fictif