Pourquoi la périménopause nous épuise : la biologie de la fatigue

J'ai un secret à vous confier.

La fatigue a été un fil conducteur dans une grande partie de ma vie. Jeune adulte, je travaillais et profitais pleinement de la vie, mais j'avais souvent du mal à suivre le rythme. Je me sentais constamment fatiguée, sans explication apparente. J'ai finalement découvert l'acupuncture et, pour la première fois, j'ai ressenti ce que c'était que d'avoir de l'énergie.

Pendant ma vingtaine, j'ai eu trois enfants, obtenu une Maîtrise en santé communautaire et a travaillé à temps plein, quasiment en même temps. Rétrospectivement, mon niveau d'énergie à cette époque était plutôt remarquable ! C'était une période où mon conjoint et moi construisions nos vies professionnelles tout en essayant de maintenir la vie sociale qui avait rendu nos premières années ensemble si agréables. Nos journées étaient chargées, nos soirées improvisées, nos week-ends bien remplis… Avec le recul, je réalise que je m'épuisais souvent et/ou que je fonctionnais à bout de forces.

Mais au début de la quarantaine, la fatigue intense est revenue. Pas une fatigue légère. Ce genre de fatigue tenace qu'on ne peut ignorer. Celle qui vous donne l'impression de patauger dans la boue chaque jour. Celle où tout semble DUR, et où l'idée de passer la journée au lit n'est pas seulement séduisante, elle paraît indispensable.

J'ai découvert que j'avais une carence en ferritine et, des années plus tard, une carence en vitamine D (si fréquente chez les femmes quadragénaires, surtout dans les pays nordiques comme le Canada). Remédier à ces carences, avoir recours à l'acupuncture et trouver des activités physiques qui me dynamisaient au lieu de m'épuiser (coucou Essentrics !) m'ont beaucoup aidée. Mais j'ai aussi compris quelque chose de plus important : ce que je vivais avait un nom et une explication biologique. Cela aurait pu être une maladie auto-immune, un trouble thyroïdien ou d'autres causes. Mais (heureusement) aucun examen médical n'a révélé de maladie.

Cette fatigue était due à la périménopause.

Plus fréquente qu'on ne le pense

Traditionnellement, les bouffées de chaleur sont le symptôme que l'on associe le plus souvent à la ménopause. Cependant, la fatigue est un symptôme majeur de la périménopause et de la ménopause. Des études suggèrent que 50 % à plus de 90 % des femmes souffrent de fatigue pendant la périménopause. Une vaste enquête de la Mayo Clinic, menée auprès de plus de 12 000 participantes, a même révélé que l’épuisement et la fatigue étaient plus fréquemment rapportés que les bouffées de chaleur. Cette fatigue est en grande partie due à des troubles du sommeil. Il est évident que le manque de sommeil entraîne une chute drastique de notre énergie. Mais des mécanismes biologiques plus profonds sont également à l’œuvre, et les comprendre est essentiel. Pour moi, cette prise de conscience a été le point de départ d’un bien-être nettement accru.


Moi qui essaie de faire une petite sieste (entourée par ma famille…)

La périménopause : une transition neurologique

On a tendance à considérer la périménopause comme un événement lié à la reproduction, un phénomène qui se produit au niveau des ovaires. Or, des recherches récentes et passionnantes montrent qu’il s’agit tout autant d’une transition neurologique. Le cerveau est profondément influencé par les œstrogènes et la progestérone. Lorsque ces taux hormonaux fluctuent, les effets se répercutent sur de nombreux systèmes cérébraux : régulation de la température, sommeil et rythmes circadiens, traitement sensoriel et fonctions cognitives.

La fatigue que nous ressentons n'est pas qu'un simple effet secondaire ; c'est l'expression directe de la réorganisation cérébrale face aux variations hormonales.

Le cerveau est en transformation

Les œstrogènes alimentent notre cerveau

Voici un fait longtemps resté méconnu : les œstrogènes jouent un rôle clé dans la production et l'utilisation de l'énergie par le cerveau. Ils soutiennent le métabolisme du glucose (le processus par lequel les cellules cérébrales transforment l'énergie en fonction). Lorsque le taux d'œstrogènes diminue, l'apport énergétique du cerveau est altéré, au moins temporairement, le temps qu'il trouve d'autres moyens de se procurer ce dont il a besoin pour fonctionner à son rythme habituel.

Les scientifiques peuvent observer ce phénomène grâce aux examens d'imagerie cérébrale. Cette fatigue intense, cette incapacité à réfléchir clairement, que décrivent tant de femmes ? Tout commence ici, au niveau cellulaire.

Cela me fait penser à une patiente : une professionnelle performante, à la tête d’une équipe et responsable de sa famille. Elle est venue me consulter car, selon ses propres termes, elle souffrait à nouveau de « troubles de la mémoire liés à la maternité » – cet état que connaissent de nombreuses femmes après la naissance de leur enfant. Ce n’était pas son cas, son enfant étant plus âgé. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait du mal à se concentrer, oubliait des choses et voulait se coucher immédiatement après le dîner. Comprendre cette transition, et bénéficier de séances d’acupuncture, lui ont permis de retrouver son énergie, sa concentration et sa confiance en elle.

Nos mitochondries sont également concernées.

Vous vous souvenez peut-être des mitochondries de votre classe de biologie, ces minuscules structures à l'intérieur des cellules qui produisent l'énergie, parfois appelées les batteries de la cellule. Les œstrogènes jouent un rôle important dans leur bon fonctionnement. Lorsque le taux d'œstradiol diminue pendant la périménopause, des processus mitochondriaux essentiels peuvent être perturbés, ce qui signifie que les cellules de votre corps produisent moins d'énergie qu'auparavant.

C'est pourquoi la fatigue pendant la périménopause est si physique et envahissante.

Inflammation: Un facteur caché

De plus en plus d'études montrent que la transition périménopausique est pro-inflammatoire, c'est-à-dire qu'elle génère une inflammation chronique de faible intensité dans le corps. Il ne s'agit pas de l'inflammation intense que l'on ressent après une blessure. C'est plus discret. Mais cette inflammation chronique de faible intensité est un facteur important de fatigue, de baisse de moral et de troubles du sommeil. Les chercheurs ont créé un terme pour ce phénomène : « inflamm-aging ». Votre système nerveux est en état d'alerte.

Le système nerveux autonome, qui régule notre réponse au stress et nos processus de digestion et de repos, subit également des modifications durant la périménopause. La branche parasympathique (repos et digestion) devient moins dominante tandis que la branche sympathique (lutte ou fuite) est hyperactive. Il en résulte un état d'alerte physiologique persistant et de faible intensité, ce que les chercheurs appellent une hyperactivité sympathique.

Maintenir un tel état de surveillance continue est épuisant, même sans tenir compte des troubles du sommeil.

Cela me rappelle une autre patiente, elle aussi une professionnelle très occupée, mère et fille de parents vieillissants. Elle était très dévouée à ses proches et habituée à tout gérer et à mener à bien chaque projet. De l'extérieur, elle semblait avoir une énergie inépuisable. Pourtant, intérieurement, elle était dans un état d'agitation constante, jour et nuit. Cela a duré jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus rien faire. Elle souffrait d'une fatigue intense et enchaînait les arrêts maladie. C'était terriblement difficile pour elle : non seulement elle ne pouvait plus pratiquer ses activités préférées, mais elle avait aussi du mal à se lever.


La progesterone et le lien avec le sommeil

La progestérone est une hormone dont on parle beaucoup trop peu lorsqu'on évoque la fatigue. Elle a un effet apaisant et favorise le sommeil, notamment parce qu'elle agit sur les récepteurs GABA du cerveau, les mêmes récepteurs que ciblent les anxiolytiques. Lorsque le taux de progestérone diminue, de nombreuses femmes souffrent d'hypervigilance : difficulté à déconnecter, sommeil non réparateur, anxiété soudaine et inexpliquée. Tout cela contribue à la fatigue.

Dans ma pratique, je vois énormément de femmes, surtout celles qui sont au début de la quarantaine, qui ne comprennent pas pourquoi elles se couchent épuisées et passent des nuits blanches, l'esprit en ébullition. Une femme m'a décrit comment, depuis son lit, elle passait en revue mentalement une multitude de choses, des listes de courses aux points à aborder avec ses collègues et employés, afin de canaliser ce flot d'énergie mentale nocturne.


Le rôle de l'intestin

Enfin, l'intestin joue également un rôle important et sous-estimé dans la fatigue liée à la périménopause.

Il existe un écosystème spécialisé de bactéries intestinales, appelé estrobolome, capable de métaboliser les œstrogènes. En bonne santé, il contribue au maintien de l'équilibre hormonal. En cas de dysbiose ou de déséquilibre, les effets vont bien au-delà de la digestion. L'organisme a plus de difficultés à traiter et à éliminer les œstrogènes. La fonction mitochondriale et l'absorption des nutriments peuvent être altérées. L'énergie diminue.

Pendant la périménopause, la diversité de notre microbiote intestinal diminue également. Elle se stabilise vers l'âge de 40 ans, puis diminue selon une évolution qui reflète la baisse des taux d'hormones. En réponse à la baisse du taux d'œstradiol, la barrière intestinale peut devenir plus perméable (on parle alors d'« intestin perméable »), permettant aux déchets microbiens de passer dans le sang et de déclencher une inflammation systémique.

Et puis, il y a la production de neurotransmetteurs. Plus de 90 % de la sérotonine du corps est produite dans l'intestin. La sérotonine contribue à réguler l'humeur, la digestion et, surtout, elle est un précurseur de la mélatonine, l'hormone qui régule le sommeil. Lorsque le microbiote intestinal est perturbé, la production de sérotonine diminue, le sommeil est perturbé et la fatigue s'installe.

Vous n'êtes pas seule

Lorsque je traversais ces journées difficiles au début de la quarantaine, je n'avais pas les mots pour décrire ce qui m'arrivait. Ce que je sais maintenant – et ce que je souhaite que chaque femme qui lit ces lignes sache – c'est qu'il y avait une véritable explication biologique à tout cela.

Cet état de fatigue n'est pas une faiblesse. Vous n'êtes pas seule. Votre cerveau et votre corps traversent une transition profonde et complexe, qui mérite d'être comprise, soutenue et prise au sérieux. Prendre conscience de ces processus peut être extrêmement libérateur, contrairement au désespoir que certaines femmes ressentent lorsqu'elles se sentent seules face à cette fatigue et impuissantes.

Dans mon prochain article, je parlerai des solutions, car elles existent aussi !

Si vous vous trouvez dans cet état en ce moment, je vous comprends. Et si vous souhaitez être accompagnée pour traverser cette période, je serais ravie de vous aider. L'acupuncture peut soulager cette fatigue, tout comme divers conseils sur le mode de vie.

Aussi: je donnerai un webinaire le 27 avril, de 12h à 13h, sur la fatigue. Rejoignez-moi pour découvrir comment la médecine chinoise peut nous aider à retrouver de l'énergie !

Pour vous inscrire : www.anikamendell.com/webinaire




























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